Dans la deuxième partie de ce grand entretien avec Virginie Despentes, il est question de colère et de violence, à travers l’analyse des personnages masculins dans son oeuvre. De la violence incontrôlable des auteurs de violences conjugales, de celle bien plus acceptée et normalisée des hommes placés à de très hauts postes à responsabilité. De celle de la romancière aussi : comment la violence peut parfois la dépasser, mais aussi l’aider dans sa vie personnelle.

Dans quels espaces, et de quelle manière déconstruire ses propres mécanismes de violence ? Que faire de tous les hommes violents, qu’ils soient pédophiles, violeurs, auteurs de violences conjugales ? En tant que féministes, hommes, femmes et autres, comment s’opposer à cette violence autrement que par la force ? 

Virginie Despentes analyse aussi certains de ses personnages plus positifs, ces pères souvent tendres et touchants, et rappelle pourquoi les hommes et la société auraient tout à gagner à réinvestir une parentalité différente.


CITATIONS DES OEUVRES DE VIRGINIE DESPENTES DONT IL EST QUESTION DANS L’ÉPISODE

Dans King Kong Théorie : « Le regard que les pères ont sur leurs enfants, notamment sur leurs filles, est une révolution en puissance »

Le monologue de Sélim, le père d’Aïcha, dans Vernon Subutex : 
« Ce soir, le plus difficile n’est pas qu’elle ait appris. C’est qu’elle soit d’abord allée en parler à un autre que lui. Son tuteur. Ce demeuré inculte qui porte des Nike sous la djellaba. Elle n’est pas rentrée pleurer dans les bras de son père. Elle est allée en voir un autre. Est-ce que ce type t’a appris à nager est-ce qu’il a parcouru tous les magasins de la ville pour trouver le jouet que tu voulais est-ce qu’il a sacrifié ses soirées pour être sûr que tu connaissais ta récitation est-ce qu’il t’a appris à faire un exposé est-ce qu’il s’est cassé la tête le soir dans sa chambre pour rattraper son retard en mathématiques et pouvoir t’expliquer l’exercice le lendemain est-ce qu’il t’a regardée tourner dix fois de suite dans le froid sur le manège avec le petit éléphant qui te plaisait tellement est-ce qu’il t’a portée sur ses épaules pour que tu ne rates rien de la parade des princesses alors qu’il avait déjà mal au dos est-ce qu’il s’est relevé la nuit pour te donner de l’eau quand tu faisais des cauchemars est-ce qu’il t’a emmenée voir les dauphins sept fois de suite parce que tu les adorais est-ce qu’il a plié tes vêtements après les avoir repassés jusqu’à l’année dernière est-ce qu’il s’est demandé comment payer tes frais d’inscription quand ils ont augmenté est-ce qu’il a fait la queue deux heures pour être sûr que tu verrais Lorie ? Est-ce qu’il s’arracherait un rein avec les dents si tu en avais besoin ? Est-ce que si on le casse en deux si on lui broie les os avec une pierre tout ce qu’on trouvera dans sa moelle c’est l’amour de toi, le désir que tu sois heureuse, que tu ne te trompes pas trop ? »

Patrice, l’homme auteur de violences conjugales, dans Vernon Subutex : « Patrice a toujours levé la main sur ses copines. Toutes. Il peut tirer une meuf un soir sans lui mettre une mandale, mais dès que ça devient une histoire, il y a la première claque. »

A propos des thérapies de groupe  : « Autour de la table les gars étaient des habitués, ils se cherchaient des excuses et des explications, ils jouaient les mecs soulagés de réussir à exprimer des émotions. Mais le seul moment où ces raclures chialaient avec sincérité, c’était en s’apitoyant sur leur propre sort. Patrice pouvait voir leurs âmes. »



CRÉDITS
Les couilles sur la table est un podcast de Victoire Tuaillon produit par Binge Audio. Entretien enregistré jeudi 29 août 2019 dans le studio Virginie Despentes de Binge Audio. Réalisation : Quentin Bresson. Stagiaire : Nadia Chapelle. Générique : Théo Boulenger. Chargée de production : Juliette Livartowski. Chargée d’édition : Camille Regache. Direction des programmes : Joël Ronez. Direction de la rédaction : David Carzon. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles.