Pourquoi le sport reste-il encore aujourd’hui largement une affaire de mecs ? En quoi la culture sportive dominante est-elle une culture viriliste ? Pourquoi ceux qui le pratiquent, ceux qui le regardent, ceux qui gagnent de l’argent avec, ceux qui le dirigent et ceux qui l’enseignent sont-ils encore si souvent des hommes ? Et quel rôle joue le sport dans la construction des masculinités contemporaines ?

Réponses avec Thierry Terret, professeur des universités, historien du sport, auteur de « Sport, genre et vulnérabilité au XXème siècle. »

Un épisode spécial, rencontre des podcasts « Les Couilles sur la Table » et « Du Sport », présenté par Victoire Tuaillon et produit par Binge Audio.


“Le sport, inventé par des hommes et pensé initialement comme une activité exclusivité masculine, contribue historiquement et socialement à la construction d’un idéal de masculinité hégémonique* Par sa nature même, compétitive et spectaculaire, et il met en scène l’expression et le contrôle de la force physique. Il organise des contextes où s’installent des formes de violence physique (blessures, dopage) et morale (discrimination) et se valorisent des qualités associées idéalement à l’Homme : intelligence tactique, maîtrise technique et technologique, courage, abnégation, résistance à la douleur… Il est aussi idéalement lié à la réussite professionnelle, propulsant ses champions (plus que ses championnes) au rang de modèle. (…) Il est par ailleurs organisé et montré pour banaliser la norme hétérosexuelle, y compris même dans les formes polygames, hyperactives et agressives.  Enfin le sport traduit dans ses institutions et ses pratiques la domination des hommes sur les femmes et le rejet des formes de masculinité les plus éloignées de l’idéal hégémonique.

Extrait de l’article “Masculinité” de Thierry Terret, dans Dictionnaire culturel du sport (2010))

*La “masculinité hégémonique” est un concept développé par Raewyn Connell (1995) : elle se définit comme la masculinité qui est provisoirement (car elle est sans cesse contestée ) en position dominante et dont les différents acteurs institutionnels ou individuels s’efforcent de maintenir le rang face à la féminité et aux autres formes de masculinité.


RÉFÉRENCES

Pratiques physiques ou sportives des femmes et des hommes : des rapprochements mais aussi des différences qui persistent (INSEE, novembre 2017)

Homosexualité dans le football : perceptions des Français (IPSOS, avril 2018)

Sport et Genre, Thierry Terret et co-auteur·es (4 volumes parus chez L’Harmattan, 2006)

Sport, Men and the Gender Order (Messner, Sabo, 1990)

Masculinities, Gender Relations and Sport (Mb Kay, Messner et Sabo, 2000)


RECOMMANDATION DE L’INVITE

… regarder tous les films de James Bond !


SOURCES AUDIO

Denis Balbir sur W9, 13 avril 2018

– “Quand des hommes catholiques suivent des stages pour réaffirmer leur masculinité”, Reportage au 20h de France 2, 30 mars 2017

Guy Lacombe, entraîneur de l’équipe de football de l’AS Monaco, pendant une conférence de presse, 7 décembre 2012

René Malleville, supporter de l’OM


CRÉDITS

Les couilles sur la table est un podcast de Victoire Tuaillon, produit par Binge Audio. Production : Joël Ronez. Rédaction en chef : David Carzon. Réalisation : Quentin Bresson. Chargée d’édition et production : Camille Regache. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles. Direction artistique : Julien Cernobori. Éditrice : Albane Fily. Générique : Théo Boulenger.