Suite de l’entretien avec l’autrice et artiste Maïa Mazaurette, journaliste spécialisée en sexualité, autour d’une idée qu’elle développe régulièrement dans ses chroniques et ses livres : pour faire exploser les rôles étroits dans la séduction et le désir hétérosexuels, il faudrait ré-érotiser les hommes.

On commence par discuter de la charge esthétique : pourquoi est-elle si déséquilibrée ? Pourquoi les femmes passent-elles, en moyenne, tellement plus de temps, d’énergie, d’argent, à soigner leur apparence physique ? Quel lien entretient cette charge esthétique avec la répartition traditionnelle des rôles de séduction, où les hommes sont des sujets de désir («  les hommes n’ont pas de corps  » écrivait Virginie Despentes dans King Kong Théorie), et les femmes des objets de désir ?

Enfin, Maïa Mazaurette fait visiter sa première exposition : elle raconte comment elle fait poser ses modèles, ce qu’elle cherche à créer, comment elle trace les contours d’une nouvelle esthétique érotique hétérosexuelle. Et encourage toutes les femmes artistes à faire de même.


RÉFÉRENCES CITÉES DANS L’ÉPISODE

Cette étude portant sur 2000 personnes, aux Etats-Unis en 2014, avance que 67 % des femmes adultes s’inquiétaient de leur apparence au moins une fois par semaine, contre seulement 23 % des hommes.

Selon cette étude du Pew Research Center en 2017, la qualité la plus valorisée chez un homme, c’est l’honnêteté, chez une femme c’est son attractivité physique.

Une étude sur l’hygiène personnelle menée sur 1000 adultes aux Etats-Unis en 2018.

Les femmes seraient plus nombreuses à se laver les dents deux fois par jour (65 % pour elles, 52 % pour eux) ; à changer de sous-vêtements tous les jours (88 % pour elles, 78 % pour eux) ; à prendre une douche deux fois par jour ; à se laver les mains après avoir pris les transports en commun (74 % vs. 66 %)

Cette étude anglaise sur les habitudes de soin du corps («  grooming  ») des hommes et des femmes, menée sur 2000 personnes en 2016.

Les oeuvres, dessins et peintures de Maïa Mazaurette sont visibles à la galerie Analix Forever à Genève, Suisse, et quelques unes sont photographiées dans cet article.


LECTURES ET EXTRAITS

« C’est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie, Kevin ? », un sketch de Inès Reg, publié en août 2019.

«  Je ne suis plus OK pour l’asymétrie permanente en toutes choses, que ce soit dans le champ de la séduction pour ce qui concerne l’effort de présentation, l’âge et le reste, ou tous les domaines : je ne trouve plus acceptables les exigences irréalistes de beaucoup d’hommes en matière d’apparence sans qu’il n‘y ait aucun effort de leur part en miroir, aucune remise en question de la leur. Et eux, qu’est-ce qu’ils font pour se rendre présentables ou aimables ? Pour nous plaire ? Ils se coupent les ongles de pied au moins ?  »

Extrait de «  Les Corps Abstinents  » par Emmanuelle Richard (Flammarion), à paraître le 12 février 2020.
Lu par Camille Regache.

«  Il est nu, le corps totalement étiré, les yeux mi-clos. Sur l’aine et le bas du ventre, couverts d’une toison dorée ou rousse, sa queue se recroqueville lentement, se dégonfle comme sous l’effet d’une fuite invisible et irréparable. Un mouvement sinueux et compliqué réorganise la peau de ses testicules. On dirait qu’un animal passe juste sous l’épiderme avant d’aller dormir.  »

Extrait de « L’Art de Perdre », par Alice Zeniter (Flammarion), 2017.
Lu par Juliette Livartowski.


OEUVRES RECOMMANDÉES
Maïa Mazaurette recommande une peinture de l’artiste surréaliste argentine Leonor Fini, qui serait le premier nu érotique masculin peint par une femme, en 1942 :

Victoire Tuaillon recommande «  Guide d’autodéfense sur la charge mentale  » de Coline Charpentier (Livre de Poche) et «  Jouissance Club : Une cartographie du plaisir  » de Jüne Pla (Marabout).


CRÉDITS
Les couilles sur la table est un podcast de Victoire Tuaillon produit par Binge Audio. Cet entretien a été enregistré dans le studio Surya Bonaly de Binge Audio (Paris 19e) et chez Barbara Polla. Prise de son : Mathieu Thevenon et Victoire Tuaillon. Réalisation : Quentin Bresson Générique : Théo Boulenger. Chargée d’édition : Camille Regache. Direction des programmes : Joël Ronez. Direction de la rédaction : David Carzon. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles.