Contes chantés, détournés ou joués à la manière de feuilletons… Sélection de livres jeunesse qui nous emmènent de la Laponie à l’Inde, en passant par Haïti ou la Bretagne.

Le Noël de Bruno

Bruno déteste Noël. Pour faire plaisir à son papa, avec qui il vit et qui hait ces fêtes de fin d’année. Il serait plus juste de dire qu’il prétend ne pas aimer Noël. En fait, il n’a pas trop eu le choix. Mais un jour, une petite fille, fille de sorcière et à moitié sorcière elle-même, lui apprend pourquoi Christian, son père, rejette tellement cette période de l’année. Christian n’est autre… que le fils du Père Noël! Alors voilà, forcément! Tout petit, il était bien seul à Noël… Au début, Bruno ne croit pas un mot de cette histoire. Mais d’épisode en épisode, il accepte ses racines familiales et bien sûr, à la fin, tout le monde se réconciliera en Laponie… Le texte, fantaisiste mais ancré dans notre réalité, est joué à plusieurs voix, et les bruitages sont nombreux. Un conte dans la droite ligne de la tradition des feuilletons radiophoniques.

«Roudoudous en Laponie», de Susanne Finken. Feuilleton en 4 épisodes, proposés gratuitement chaque dimanche de l’avent, par Audible, qui l’a enregistré. Après le 6 janvier, il en coûtera 1.49€ par épisode, ou 4.95€ pour la série

Chants d’oiseaux

Il était une fois une petite fille… Elle vient, avec ses parents, de s’installer en Inde. A peine arrivée, elle part se promener en forêt, bientôt SA forêt. Partout, des oiseaux. Elle se concentre et se rend compte qu’elle comprend leurs chants et qu’elle peut communiquer avec eux.. Elle leur apprend sa langue avant de trouver sa propre voix. L’auteur est aussi la narratrice de ce conte. Elle-même vit en Inde et elle a enregistré les cinq espèces d’oiseaux sur place. Un conte court et savoureux à écouter au casque! Moment d’émerveillement garanti.

«Sita et la forêt chantée», de Chloé Sanchez et Marie Demont. Paru aux Éditions Aurobasha, 16.90€

L’imaginaire d’Haïti

Une méchante belle-mère, un monstre qui veut s’en prendre aux enfants, mais aussi des frères bienfaiteurs ou une étoile magique qui permet de faire des vœux… Dans ce recueil de contes courts, tout ouvrira la porte de l’imaginaire de vos enfants. Et la voix de la conteuse, Mimi Barthélémy, y est pour beaucoup. Traînante, elle est envoûtante. Grave et teintée d’un bel accent haïtien, elle emporte. Elle est soutenue par des chants en créoles, qu’elle interprète, accompagnée de musiciens et de sa fille et petite-fille au chant. Si on retrouve les personnages et ingrédients classiques des histoires pour enfants, on découvre une autre façon de les mettre en mots.

«Ma Beauté affronte le diable», de Mimi Barthélémy, Ouï-dire Éditions, 7.99€ (dès 7 ans)

Une quête d’harmonie

Arwenn est une petite fille aventurière. Un jour, comme ça, sur un coup de tête, la voilà qui embarque sur un navire et quitte sa Bretagne natale pour un tour du monde. Sur le bateau, elle aide les marins et parmi eux, il y a des musiciens. Le navire, immense, comme il se doit pour faire rêver les enfants, fait escale, en Inde, et en Tunisie. Arwenn y rencontre des musiciens, qu’elle invite sur le bateau. Elle va leur apprendre à jouer ensemble. Ce conte fantasque invite les enfants à comprendre qu’il faut s’écouter mutuellement pour produire de belles choses. Il ne suffit pas d’être bon, ici bon musicien, tout seul, dans son coin… La voix de Bérénice Béjo qui porte le texte écrit par Charlotte Courtois a cet air enfantin qui nous conquiert.

«Le Fabuleux Voyage d’Arwenn», de Charlotte Courtois, lu par Bérénice Béjo, Éditions des Braques, livre CD, 22€ (dès 3 ans)

Du neuf dans la tradition

Et si Cendrillon choisissait un homme humble au lieu de ce prince charmant qui, ici, coupe des têtes? Et si le gentil et serviable Petit Chaperon rouge, en réalité mangeait le 3e petit cochon des Trois Petits Cochons? Et si Boucle d’Or n’était qu’une sale gosse mal élevée? Roald Dahl, auteur gallois de nombreux livres pour enfants dont Charlie et la chocolaterie, offre ici une relecture tout sauf consensuelle des contes de fée que l’on nous a lus et qu’on lit à notre tour aux plus petits. L’écriture, aux phrases finement ciselées, parfois versifiées, toujours empreintes d’une grande dextérité, est un bonbon dont se délecte François Morel. On ne pouvait imaginer meilleur narrateur pour ces histoires décalées. Il lit ce livre avec une voix enjouée, à un rythme soutenu pourtant sans jamais se précipiter ou nous perdre. Selon son âge, on en comprendra quelque chose de spécifique. Les niveaux de lecture sont nombreux et il sera utile sans doute d’accompagner les plus petits dans la découverte d’un texte comme celui-là.

«Un Conte peut en cacher un autre», de Roald Dahl, lu par François Morel, Gallimard Jeunesse, 13,50€, de 9 à 13 ans selon l’éditeur, de 7 à 77 ans selon nous

Sophie Massieu