Un podcast rassemble une communauté d’auditeurs, de passionnés, d’oreilles attentives et exigeantes. Elles sont parfois si soudées et ancrées qu’elles représentent des écosystèmes à part entière. Comment interagir avec sa communauté ? Quelle place tiennent les réseaux sociaux dans cette relation ? Est-ce le thème ou la personnalité des animateurs qui forge le lien ?


On pourrait penser que c’est le thème qui fait la communauté. D’ailleurs les podcasts thématiques pullulent sur toutes les plateformes d’écoute. La cuisine, le vélo ou encore le cinéma, rien n’est laissé au hasard. Par exemple, la communauté du podcast Studio 404 s’est créée autour des thèmes abordés par le podcast, autour du numérique, mais peu à peu ça dévie sur à peu près tout. Fibre Tigre, chroniqueur de Studio 404 détaille :

« Même si le sujet de base, c’est le numérique, on parle beaucoup de sujets personnels, par exemple notre relation à notre image » détaille Fibre Tigre, un des chroniqueurs de Studio 404.

L’univers n’est pas la seule chose qui lie une communauté d’auditeurs. « Nous on s’est beaucoup inspirés des radios libres genre Difool » raconte Antoine, le co-créateur et présentateur de Deux Heures de Perdues, « c’est plus la personne qui s’identifie à toi parce qu’elle a le même ton, les mêmes expressions (…) je pense que la communauté elle vient plus de là ». « Quand on a rencontré notre communauté, on a parlé très peu de cinéma » ironise-t-il.

Des communautés rassemblées par les réseaux sociaux

Néanmoins, le thème peut créer les communautés de podcast dans le cas d’un contenu de « niche ». Par exemple, le podcast « Passion Médiévistes » créé par Fanny Cohen-Moreau a rencontré un public dès son premier épisode.

Tous les mois, Fanny interviewe des étudiants en histoire médiévale autour d’un pan de leurs études et de leur travail. « Sur Internet, il y a une énorme communauté de médiévistes, de gens qui aiment et/ou étudient l’histoire médiévale, j’étais surprise de voir à quel point c’était relayé » raconte-t-elle.

Les réseaux sociaux sont une aubaine pour les podcasteurs, qui souhaitent dialoguer avec leur communauté et se faire voir, et entendre.

Lâm remarque même que la communauté de Studio 404 vit sans que les membres de l’émission n’interviennent. Fibre Tigre s’en amuse : « Il y a deux jours, ils ont fait une soirée dans un bar sans nous, ils vivent en totale autonomie ». 

Des communautés qui s’animent autour de personnages

Il ne reste plus qu’à tenter d’animer la communauté. Pour cela, prenez une équipe charismatique et un sujet qui ne met pas tout le monde d’accord. Fibre Tigre précise :

« Nous quand on présente les sujets, on essaie de le présenter un petit peu de mauvaise foi, genre « Kickstarter ça sert à rien ». Ca n’est pas vrai dans l’absolu, mais nous on le présente de manière caricaturale, de façon à ce que les gens s’énervent, interviennent, réfléchissent et argumentent. »

Histoire d’enflammer un peu les réseaux sociaux, et d’assurer l’animation sur les forums.

« Les gens quand ils vont à un apéro de 404, ils y vont pas en disant « j’adore la culture numérique, ça me fascine, je me mobilise à mort », ils y vont parce qu’ils veulent voir Lâm ou Fibre Tigre… » explique Antoine de 2HDP. Un peu comme dans une série télé, les communautés des podcasts s’animent autour de personnalités qui les enchantent et auxquelles ils peuvent s’identifier. Antoine précise :

« Nous aussi on joue des rôles, on est nous-même mais l’un est le souffre-douleur, l’autre a toujours ses gimmicks…c’est cette récurrence qui créé la communauté ».

L’importance du lien

Soirées, ou émissions en public, les possibilités sont nombreuses pour faire se rencontrer les communautés avec les membres de leur podcast favori. Fibre Tigre donne un exemple : « On a fait quelque chose d’assez fou, on a fait un rassemblement déconnecté de trois jours récemment, qui s’appelait le camp déconnecté. C’était fantastique de se retrouver avec les auditeurs ». Un lien essentiel d’après Antoine, « quand tu ne rencontres pas ta communauté, tu avances un peu à l’aveugle (…) en fait y a des gens derrière, ça vaut le coup ». C’est exactement l’avis d’Henry Michel, présentateur du podcast « Riviera détente ». Lui a fait un podcast hors-série où il discute avec ses auditeurs autour du monde.

« Il y a une énergie qui te porte complètement et qui t’échappe complètement. Je me suis fait une permanence sur skype, j’ai eu 200 personnes qui se sont proposé de parler avec moi, j’en ai gardé 40. C’était extraordinaire, c’était tous les profils, de partout, avec un trait commun, c’est ce rapport à l’émission ». 

Un lien, qui compte, si on en croit Mélanie Wanga, co-présentatrice du Tchip, un podcast sur la pop-culture afro, produit par Afrostream. « Très clairement quand t’écoutes une émission à la radio, tu ne te sens pas pote avec Jean-Michel Aphatie. C’est pas la même démarche (…) Le podcast t’es là pour le contenu et le contenant ».

Le rapport à l’émission, c’est un trait assez typique au podcast. « Il y a bon nombre de podcasts qui existent aujourd’hui et qui n’ont pas lieu d’exister à la radio parce qu’ils sont clivants. Ils marchent parce qu’ils ont du caractère (…) comme il y a de la personnalité, il y a des gens qui adorent, mais il y a aussi des gens qui détestent «  affirme Antoine de 2HDP.

Podcast animé par Andréane Meslard avec Salomé Kiner.
Article par Andréane Meslard.


RÉFÉRENCES CITÉES DANS L’ÉMISSION

Deux Heures de Perdues (Fréquence Moderne), Studio 404 (Qualiter), Lucie et les sceaux de princesse (Passion Médiévistes, Fanny Cohen-Moreau, 2017), Hors série Rivieros 1# Les expats (Riviera Détente, Henry Michel, 2017), Là-bas si j’y suite ? (La-bas si j’y suis, France Inter, Daniel Mermet, 2014), Nicki Remy Passy (Le Tchip épisode 4, Afrostream, 2017).


CRÉDITS

L’air du son est une production Audible / Binge Audio. Enregistré le 03 juillet 2017 à l’Antenne Paris (10, rue la Vacquerie 11ème). Direction de production : Joël Ronez. Chargé de production et d’édition : Camille Regache. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles. Réalisation : Jules Krot. Musique originale : François Clos. Moyens techniques : Binge Audio / L’Antenne Paris.