Génération XX, La Poudre, Laura Leishman Podcast… ces podcasts ont un point commun : la conversation. Tantôt intime, tantôt farceuse, la conversation en podcast est un genre à part entière qui se taille une vraie place dans le paysage audio. Est-ce que le podcast réinvente, transforme l’art de la conversation informelle ?


“C’est des discussions avec des gens que je connais, que je connais pas. On prend une heure pour parler comme on parlerait avec quelqu’un devant soi, à un café, de choses importantes. Comme quand on est avec des potes et qu’on parle de vrais sujets” explique Laura Leishman en parlant de son podcast Laura Leishman podcast. L’ancienne animatrice de Radio France et DJ a décidé en janvier 2017 de lancer son propre podcast, pour dévoiler des portraits de personnalités qu’elle connaît, qu’elle admire ou qui l’intriguent, “leur laisser le temps d’expliquer leur vision”.

 

Que ce soit en français ou en anglais, ce podcast propose une heure de conversation aux auditeurs. Pour le premier épisode en français, c’est le DJ Laurent Garnier qui inaugure. Les deux voix que l’on entend se connaissent, et l’impression qu’on a dans les oreilles, c’est qu’on s’est glissé sous le tapis pour écouter une discussion parfois intime. Et ce qu’on peut dire, c’est que Laura Leishman fait partie à part entière de ce podcast, car elle l’incarne. “C’est ce qui différencie une conversation en podcast, ou en radio, d’une conversation au bistrot, c’est l’organisation de cette conversation” et son incarnation par une personnalité, affirme Thomas Baumgartner, le rédacteur en chef de Radio Nova.

Même impression à l’écoute de La Poudre, le podcast de Lauren Bastide. Dans ce podcast, elle interroge des femmes, sur leur parcours de femmes.

Durant des entretiens qui s’étalent entre 50 minutes et une heure, Lauren Bastide fait parler des écrivains, des actrices, des politiques ou des activistes sur la société mais également sur leur intimité. Des discussions très personnelles, où les confidences sont telles qu’elles font parfois douter de notre droit à les écouter.

Une attitude informelle qui intègre plus l’auditeur

“C’est une attitude au micro, qui est celle de la disponibilité (…) d’abord je pense que le podcast permet ça, je peux y aller, sans angle, sans sujet. C’est une grande liberté et la forme idéale pour ça c’est la conversation, on s’approche, on s’appréhende, on s’apprivoise autour du micro” détaille Thomas Baumgartner. Il poursuit concernant La Poudre : “ici on ne sait pas qui est interviewée, qui est intervieweuse, et c’est très bien, on tombe au milieu d’un moment ». S’apprivoiser autour du micro, pour mieux être intégrer les auditeurs, est-ce que ce ne serait pas le but de la conversation informelle ?

Le marché parlé est un format qui prend la conversation sous un autre angle, et où l’auditeur devient l’interlocuteur. Le principe ? Marcher, tout en parlant à un auditoire qu’on ne voit pas et qu’on entend pas. C’est ce qu’a fait par exemple Bruno Muschio, alias Radio Navo. “Dans ma tête moi j’imagine une espèce de foule, qui écoute, un peu comme si je faisais une espèce de conférence mal-foutue, un peu à l’arrache en marchant” explique-t-il.

“Navo pour ses marchés parlés, il a entre 5000 et 7000 auditeurs, c’est fascinant. Il y a un côté artiste au travail, il y a un côté journal intime, il a crée une forme de dogme, une démarche artistique” Thomas Baumgartner.

Les réseaux sociaux ont de toute façon changé l’adresse au public. Aujourd’hui, le podcasteur s’affiche sur les réseaux, et s’exprime directement à son public, via ces canaux de diffusion. Sur Instagram, Laura Leishman a 4321 abonnés, et La Poudre 7515. Un lieu où Lauren Bastide s’adresse chaque jour à ses abonnés via des stories et des photos, parfois promotionnelles, et parfois directement adressés aux auditeurs. Une proximité qui s’ajoute au format, qui directement déversé dans nos oreilles, nous lie intimement avec les personnes qui parlent. “Avec l’audio on garde une intimité qu’on peut pas avoir avec les autres manières de consommer. Une intimité qui est beaucoup plus proche de l’essence de la personne, on ne pense pas à notre image, on est plus à l’aise comme ça” raconte Laura Leishman.

C’est également l’avis de Laurent Frisch, directeur du numérique de Radio France

La radio c’est quelque chose qui te parle directement à toi, qui a un pouvoir sur toi, qui te prend aux tripes quoi d’une certaine façon. Ce que ne fait pas la télé ou ce que ne fait pas la vidéo qui te fascinent mais qui te gardent à distance d’une certaine façon dans certains spectacles, et la radio créé naturellement, ou l’audio créé naturellement un lien de proximité avec son auditeur, et donc favorise un échange avec lui”.

Une opportunité pour faire germer l’information

La conversation informelle crée une telle confiance entre interviewé et intervieweur, réunis entre un micro qui s’oublie, que la confidence se fait plus facilement. “On est un peu chez soi, dans une pièce qu’on essaie de calfeutrer, à la différence de la radio où on est dans un studio” commente Thomas Baumgartner. C’est ce que fait Siham Jubril, la présentatrice et créatrice du podcast Génération xx, un podcast créée en février 2017, qui propose des interviews de femmes entrepreneures.

Cette diplômée d’école de commerce n’a jamais fait de radio, et pour elle, c’est un vrai atout dans sa relation avec l’intervenante.

“Je voulais assumer le fait que je n’étais pas journaliste, et avoir une conversation avec la personne. Toutes les filles que je rencontrais, c’était la première fois que je les rencontrais. Je voulais qu’on se tutoie, et je voulais que ce soit une conversation” Siham Jubril

Une simplicité qui amène à la confidence et se prête au format nomade du podcast. “Techniquement, n’importe qui peut aller n’importe où, maintenant, et c’est ce qui rend ce format plus populaire” commente Laura Leishman. En tout cas, maintenant plus besoin de laisser traîner nos oreilles derrière une porte pour connaître des choses qu’on est pas censé savoir. Une paire d’écouteurs suffit.

Podcast animé par Andréane Meslard avec Salomé Kiner.
Article par Andréane Meslard.


RÉFÉRENCES CITÉES DANS L’ÉMISSION

Laurent Garnier (Laura Leishman Podcast version française, 2017), OcéaneRoseMarie (La Poudre, Lauren Bastide, Nouvelles Ecoutes, 2017), La jalousie (Marché Parlé, Radio Navo, Bruno Muschio, 2016), Mariame Tighanimine (Génération xx, Siham Jibril, 2017), David Frum (Laura Leishman podcast – en anglais – 2017).


CRÉDITS

L’air du son est une production Audible / Binge Audio. Enregistré le 13 juin 2017 à l’Antenne Paris (10, rue la Vacquerie 11ème). Direction de production : Joël Ronez. Chargé de production et d’édition : Camille Regache. Direction générale : Gabrielle Boeri-Charles. Réalisation : Jules Krot. Musique originale : François Clos. Moyens techniques : Binge Audio / L’Antenne Paris.